Wednesday, 3 February 2016

COMPRENDRE LA CRISE CONGOLAISE A LA LUMIÈRE DE LA REACTION DEVALUATOIRE



COMPRENDRE LA CRISE CONGOLAISE A LA LUMIÈRE DE LA REACTION DEVALUATOIRE :

Obstacle à une bonne communication en négociation.

Joseph Kabila, à l’instar de plusieurs de ses homologues de la région, tire son pouvoir de la force des armes. D’ailleurs, son opposition l’accuse souvent de gouverner par la violence et par défi. Un Dialogue qui vise à organiser son départ pacifique du pouvoir, doit donc également traiter et aboutir à un compromis sur les questions militaires et des forces de sécurité.
Il ne peut y’avoir d’alternance pacifique sans dispositions transitoires sur l’appareil sécuritaire ? C’est un élément essentiel que les parties prenantes, qui se retrouveront peut être,  tôt ou tard autour d’une table, devrait rajouter à leur cahier des charges.
Toutes les parties prenantes portent une part de responsabilité et chaque jour qui passe consacre un peu plus le « glissement » tant décrié.



Mecanisme de la Réaction dévaluatoire.


Son mécanisme est simple : la valeur d’une idée ne dépend pas tant de l’idée elle-même que de celui qui la présente. En témoigne une expérience réalisée à l’université de stanford par Lee Ross (1995).
On présenta à trois groupes d’étudiants deux plans (A et B) de lutte contre l’apartheid. On informa le premier groupe que le conseil d’administration de stanford préférait le plan A ; ce premier groupe vota en majorité pour le plan B.
Face au deuxième groupe, on n’indiqua aucune préférence ; son choix se partagea en proportions égales entre le deux plans.
L’expérience, déjà édifiante, se poursuivit : on indiqua au premier groupe que le conseil d’administration, comprenant les préventions des étudiants contre le plan A, s’apprêtait à adopter des lors le plan B ; c’est à ce moment que le plan A devint nettement plus attrayant pour ce Groupe…
En négociation, les conséquences de la réalisation dévaluatoire sont considérables. L’autre propose-t-il une concession, il aurait pu mieux faire ; me concède-t-il ce que je lui demande, c’est louche, j’aurais dû exiger davantage ; se risque-t-il à suggérer un compromis, c’est me faire injure, comment ose-t-il ?
Voilà quatre exemples simples de la réaction devaluatoire.
Le négociateur réagit avec une dépréciation systématique contre tout ce que dit, fait ou propose la partie d’en face, non pas en raison de la valeur intrinsèque de ces éléments, mais parce qu’ils proviennent d’en face. Si l’autre avance telle idée, elle est mauvaise ; mieux : s’il la met en avant, c’est qu’elle est bonne pour lui ; et si elle est bonne pour lui, elle ne peut que m’être néfaste. Bref, tout ce que l’autre dira poura etre retenu contre lui, pour reprendre la célèbre formule prononcée lors des arrestations américaines.
Ce biais se  marque avec d’autant plus de puissance qu’il fonctionne dans le deux sens : il opère lorsque j’écoute, mais aussi quand l’autre m’écoute.
En somme, je dois prendre garde à ma propension à dévaluer les paroles de l’autre et tout autant anticiper que l’autre trouvera mes propositions peu convaincantes. Ce biais fondamental nous oblige à une grande prudence en communication plus l’on voudra occuper le terrain avec  propositions, plus l’on risque de n’en voir aucune retenue par l’autre.

TALLEYRAND, qui ne connaissait pas la démonstration scientifique de ce biais, ne le maitrisait pas moins à son bénéfice. Au moment de la déroute de 1814, parce qu’il souhaitait que l’impératrice Marie-Louise quitte Paris, il soutient au contraire la nécessité qu’elle reste, se doutant que le simple fait de proposer cette solution la rendrait suspecte à ses adversaires, les quels se hâtèrent en effet de plaider en faveur du départ de l’impératrice. C’est ce qu’on appelle prêcher le faux pour obtenir le vrai. C’est aussi une forte incitation à suggérer ou à se faire demander ce que l’on rêve de revendiquer.


 Muyisa


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